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gravure sur photo et miroir /
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Royaume-Uni
Blind Ethel (Mirror), 2002, photographie noir et blanc découpée et collée sur miroir
Douglas Gordon a réalisé plusieurs séries de portraits d’icônes du cinéma dont il détourne l’image. Les films hollywoodiens, d’Hitchcock ou de John Ford, constituent une des matières premières du travail de Douglas Gordon. Lorsqu’il manipule ces images cinématographiques, l’artiste prend l’habitude d’afficher dans sa chambre des portraits d’acteurs des années 1940. Au fil du temps, leurs regards fixes se font de plus en plus oppressants. Pour l’artiste, découper leurs yeux revient à effacer un peu de la puissance de leur personnalité et de leur charisme. Un miroir remplace les yeux des célébrités rendues « aveugles » dans la série Blind Stars, donnant l’impression d’un œil aveugle privé de toute expression. Paradoxalement, l’œuvre nous regarde d’autant plus intensément. L’acte de découpe fascine et repousse, dans ce que Freud appelait une expérience de « l’inquiétante étrangeté ». Le spectateur ne peut que contempler une perte de l’âme qui se reflète traditionnellement dans les yeux.
Privé de regard, le visage de l’actrice Ethel Barrymore ressemble davantage à un masque. L’observateur endosse celui-ci grâce aux reflets du miroir. Le geste profanateur de Gordon montre qu’il n’y a rien, au-delà de la représentation, sinon une effigie où l’on projette nos désirs.
Douglas Gordon est un artiste écossais renommé dont le travail aborde les thèmes de la mémoire, du temps et de notre perception de celui-ci. Couvrant le cinéma, la vidéo, l’installation, la photographie et la sculpture, ses œuvres offrent une nouvelle expérience du cinéma dans l’espace de l’art contemporain. Intéressé par la façon dont nous percevons la temporalité, Gordon a souvent ralenti des séquences originales ou appropriées afin de jouer avec la perception des spectateurs. Son installation 24 Hour Psycho (1993), dans lequel Gordon a étiré la durée du film emblématique d’Alfred Hitchcock pour qu’il dure 24 heures, en est un exemple. Plusieurs de ses œuvres intègrent ces dichotomies universelles : la vie et la mort, l’innocence et la culpabilité, les identités doubles. Abritant la tension entre des forces opposées, Gordon utilise ensuite des stratégies formelles de répétition, de miroir et de dédoublement pour construire une ambiguïté délibérée et une multiplicité de sens. Né en 1966 à Glasgow, Douglas Gordon vit aujourd’hui à New York.
Le festival Art Rock remercie la Collection Frac Normandie et ses services pour le prêt de cette œuvre.
Hors festival : mar-sam 10h-18h et dim 14h-18h / Pendant festival : 10h-22h.
